Sirène

Dimanche, 7h45.
Elle entre en trombe dans ma chambre.
− Ju, il y a le feu!
− Quoi?
− En bas!
− Où ça?
− Chez les voisins!
− À côté?
− Non, en face!
− Ha putain… dis-je en me rallongeant.
− Il y a une femme sur le toit. Elle va sauter.
− Quoi?
− Elle est allongée sur la corniche et elle va sauter.
− Non, mais faut pas.
− Les pompiers n’arrivent toujours pas.
− Assied-toi.
− C’est quoi le numéro?
− Le 100.
Elle sort de la chambre et ferme la porte.
Je ferme le yeux.

Mouais.

Sirène.
Sirène.
Sirène.

“Home is not a harbor”

Réveil cinq heures, quelque part. Dans la chambre du dessous, ma colocataire pousse des petits cris et le mur répond par des vibrations. Je ne pense pas qu’il est si tôt, mais je souris. Je tente de retrouver le sommeil, mais ce n’est pas si évident. La musique monte par vague jusqu’à mon étage. La lueur à travers mon rideau me fait penser qu’il est plus tard que je ne le crois.

J’ai abandonné le barbecue vers vingt-trois heures. Fatigué et ennuyé par cette ambiance où je ne trouvais pas ma place. J’ai juste prévenu mon ami et seul invité que, s’il voulait loger, il pouvait toujours squatter mon lit. Je suis presque sûr que ce sont ses coups de reins qui m’ont réveillé. Je souris. Las de chercher le sommeil, j’attrape mon téléphone. Cinq heures cinquante. Me lève, douche.

Dans le salon, quatre paires d’yeux humides m’accueillent avec surprise. Les morceaux compressés de Youtube s’enchaînent encore à demi-volume. Le soleil entre déjà dans la cuisine alors que j’allume la bouilloire électrique. Sans me soucier des apostrophes, je ramasse les cadavres, vide les cendriers, passe un coup d’éponge sur la table du petit-déjeuner et verse l’eau bouillante sur la menthe fraîche.

Les quatre survivants ne sont déjà plus que trois. Camille défile ses perles, toujours sur Youtube malheureusement, mais je remplis les vides numériques par mes propres murmures. Gorgée de thé sucré, casse deux oeufs dans la poêle, les deux âmes qui restent se parlent tout bas, enfoncés dans le fauteuil, à deux pas de moi. Mais quand vont-ils se lancer? J’aimerais être seul.

Rangement terminé, j’attrape mes deux bébés, ma demi-baguette sortie du four et m’éloigne sur la terrasse pour déguster ce moment. Les deux indécis en profitent pour s’éclipser.

Camille tourne toujours, range mes restes, me reverse un verre de thé. Le soleil caresse doucement mon visage. Du coin de l’oeil, j’aperçois des corps qui s’enlacent au dessus de moi. Je respire et souris.

“Home is not a harbor”