Écrire un manuel de 200 pages en 5 jours

Libérathon BGE

C’est l’expérience que j’ai vécue en début de mois d’août, avec 13 autres personnes, enfermées dans les nouveaux locaux de F/LAT, à Bruxelles. On appelle ça un booksprint (ou un “libérathon”) dans le jargon. Pour résumer, il s’agissait d’écrire un manuel complet, en français, sur l’utilisation d’un logiciel libre, dans ce cas-ci, Blender.

Et je dois dire que c’est une expérience intense et enrichissante. Je ne croyais pas que c’était possible d’écrire, si vite et à plusieurs mains, un livre qui, sans vouloir trop nous jeter des fleurs, me paraît une bonne base de travail et un bon support pour toute personne qui voudrait enseigner ou apprendre comment faire des jeux vidéos avec Blender.

La beauté du projet est que ce manuel est entièrement publié sous licence libre. Donc il peut être effectivement utilisé par n’importe qui, dans n’importe quel contexte. Il peut même être publié et vendu par un quelconque éditeur. Mais surtout, il peut continuer d’être amélioré par de futurs lecteurs ou amateurs puisque toutes les sources et outils nécessaires à son édition sont disponibles en ligne. Ce qui à priori donne aussi une meilleure chance de pérennité ; les logiciels (et particulièrement Blender) évoluant constamment.

Ce projet est une initiative de la branche francophone de Flossmanuals, une association de loi 1901 dédiée à la création et à la diffusion de manuels francophones pour logiciels libres. Élisa de Castro, en maîtresse de cérémonie, avait composé une équipe diversifiée de graphistes 3D, illustrateurs, codeurs, artistes,… venant de France et Belgique qu’elle dirigea avec souplesse dans la réalisation de ce projet. Imaginez 14 personnes autour de la table, toutes et tous avec des connaissances différentes du logiciel et une idée pas nécessairement toujours précise de comment l’enseigner, ça peut entrainer le groupe dans des discussions interminables. Sauf qu’on avait que 5 jours.

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Et comme si la barre n’était pas déjà assez haute, le groupe s’est rapidement mis d’accord sur l’idée que, puisqu’on écrivait un manuel pour faire des jeux vidéos, il faudrait qu’on crée en même temps un jeu vidéo, au moins pour avoir de belles captures d’écran à mettre dans le livre ou des fichiers d’exemple un peu plus intéressants que de jouer avec des cubes et des triangles. Ce jeu est lui aussi publié sous licence libre et son développement continue sur Github. Il est prévu d’en faire une sortie officielle lors de la première publication papier du manuel.

Comme toute expérience intense, poussée par une équipe avec un objectif précis, ce dont on en retient le plus, c’est la rencontre avec les différentes personnalités présentes. Je ne veux les nommer tous ici (vous lirez les crédits du livre, si cela vous intéresse), mais j’espère bien en recroiser quelques-uns au détour d’un festival ou, qui sait, d’un prochain booksprint. Et si l’aventure d’apprendre à créer un jeu vidéo avec Blender vous tentait, je suis tout disposé à organiser un atelier sur ce thème au sein de F/LAT ou dans l’établissement d’enseignement  qui vous plaira.

Aujourd’hui je suis allé à la mer

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Comme tous les jours, il y avait du monde à la plage. Ho, bien sûr, un peu moins que le weekend, mais en ces mois d’été, c’est la foule. Cette foule bigarrée qui montre ses rondeurs rougies comme si la réserve imposée par la règlement d’ordre d’intérieur de la boite n’était plus qu’un lointain souvenir. Ou bien justement, si, ces kilomètres de chaire rôtie, dont le soleil n’a pas réussi à faire fondre les graisses, est un pied de nez, un grand doigt tendu (une quenelle aurait dit l’autre) au système salaire.

Bref, je suis là, comme tous les jours depuis une semaine, mon petit coin de serviette savamment placé à distance moyenne de ses congénères, Voronoy aurait été fier. Et comme tous les jours à cette heure, je vais faire trempette. Mais aujourd’hui il n’y a pas de vague. Ça me fait bizarre. C’est presque plat. Pas de mousse, pas de rouleaux, l’eau est même presque chaude lorsque j’y plonge les pieds. Ça doit être mon corps qui s’habitue à cet exercice quotidien.

À peine arrivé à la taille, je commence à voir des trucs bizarre qui flottent ; des petits morceaux blancs, bleus ou gris. En fait, il en a plein. Merde, je suis au milieu d’une flaque de confettis de plastique. Comme si je pouvais les faire disparaitre, je fais des grands mouvement de rame avec mes mains, en espérant me frayer un passage hors de ce bouillon. Peine perdue, je suis sans doute parti du mauvais côté. Je regarde autour de moi et je vois tous ces gens qui nagent et jouent comme si de rien n’était. C’est que je ne suis pas au bon endroit. Je marche un peu. Je tente de trouver un coin moins envahi. Sans succès.

Comme tous les jours, je vais faire mon 500m de nage libre. J’aime bien m’éloigner de la soupe populaire et nager jusqu’à la bouée qui détermine la zone de baignade. J’ai plus ou moins estimé qu’elles étaient à 250m de la plage. C’est pas énorme, mais passé les 50 premiers mètres, on se sent déjà seul. L’eau perd quelques degrés. On ne voit plus le fond et aujourd’hui, j’espère que l’eau ne sera pas recouverte de ces micro-déchets si je m’éloigne.

Faux. J’ai même du faire des détours pour éviter les gros sacs plastiques qui trainaient à la surface. Je me suis mis à stresser aussi. Et si j’avalais un de ces petits bouts et que je m’étouffe. Toute la mer, aussi loin que je pouvais voir, était couverte ; un mélange de plastique, de fibres en tout genre et de bois. Comme si on avait passé un camion poubelle au broyeur et qu’on avait répandu ça comme nourriture pour poissons. D’où ça pouvait venir ? Il n’y a pas eu de tempête hier. Peut-être que ça venait depuis l’autre côté ? Ces étrangers n’ont pas la même notion de propreté que nous. J’ai même entendu qu’il n’avaient pas de décharge et jetaient tout à la mer. Et si leurs déchets arrivaient chez nous ? Ou bien c’est le camping d’à côté.

Je ne sais pas. Je ne sais pas à qui demander. Je regarde autour de moi et rien a changé. Les enfants et les parents jouent dans l’eau, comme s’il n’y avait rien à sa surface, comme si ces bouts de plastique aujourd’hui étaient déjà là hier, comme si de toute façon, demain ça ne se verrait plus.

Comme tous les jours, il y avait du monde à la plage. Je suis allé me baigner et la mer était recouverte de détritus.

L’illustration de cet article est une photo de Chris Jordan, publiée sous Creative Commons By-NC-SA